LA CHUTE Du haut des cimes radieuses, je suis retombé dans mon carré de limbes encadré de murs, ma toute conscience calcinée, fracassée en éclats dans ma chute. J’ai vu les dernières lueurs du jour avalées par un horizon de cendre, et j’ai tout oublié, jusqu’à mon nom. L’air nocturne fiche ses aiguilles dans ma peau, ma main est froide mais j’ai le cœur encore en feu de visions vertigineuses. Echoué dans ma cellule sans portes ni fenêtres, noyé dans le souvenir des cieux absents, je trace des constellations imaginaires dans la poussière du sol. Ici, ce trou où le rêve s’éteint, où on ne vit qu’à peine. Ici, le parc clôturé des bêtes bêlantes et gémissantes. Ici, l’enfer du froid et de la faim. Je gratte les murs à m’en mettre les doigts en sang mais je ne débouche jamais nulle part. Neuf sont les enceintes qui encerclent le centre et neuf les seuils. Moi, enfermé en moi, mes os frêles mal rangés dans un fatras de chair emballée dans mes lambeaux livides, le sang qui roule et ne se tait pas, et tout qui se délite en poussière de peau éparpillée. Neuf sont les feux du corps transcendant. Neuf les noeuds du corps psychique. Neuf les roues du corps somatique. Je coupe les fils un à un, et rien ne s’arrête jamais. Quelque part en moi, la dernière roue s’est mise en mouvement et roule comme un soleil noir dans un ciel de viscères.