ICI-BAS Noirs les cieux, noire la terre, noires les heures éternelles qui me séparent de l’aube. Moi l'aveugle, un anonyme en cage parmi tous les autres anonymes en cage. Là-haut j’étais submergé dans un océan de lumière indifférenciée, ici-bas je ne suis qu’une épave efflanquée et mal fichue. Ma chair se mêle au mortier des murs. A chaque instant je m’effondre dans les lourdeurs du temps qui coule, chaque pas m’arrache aux hardes de peau pâle de ce que j'étais une seconde auparavant. Je frappe ma face informe des deux poings, la gorge cramée d’air plombé bu à grands traits, mes tripes en tas recroquevillé, mon sang figé en lourds caillots fuligineux. Noirs les cieux. Noire la terre. Des heures et des heures, et des nuits et des nuits à implorer tous les saints de tous les cieux de me faire la grâce d’un nom, et seulement ma voix pour me répondre en écho. Je ne suis que ce que je suis : une outre de chair blême et un écheveau d’organes agrégés à une mémoire brûlante de lumière indicible.